Dans une sélection nationale, les regards se tournent naturellement vers le sélectionneur, les joueurs et les performances sur le terrain. Pourtant, derrière chaque entraînement, chaque match et chaque retour de blessure, un autre travail se joue loin des projecteurs. Celui du staff médical. Médecin des Guépards, Dr Serge Félix Hazoumé est au cœur de cette mission. Dans une interview exclusive accordée récemment à MEGA SPORTS, il se livre sur plusieurs aspects méconnus de son rôle au sein de la sélection nationale.  

De la préparation médicale avant une compétition au suivi des joueurs après les matchs, en passant par les décisions d’aptitude et les situations d’urgence, il veille quotidiennement sur la santé des internationaux béninois. Pour lui, le médecin de l’équipe nationale est un véritable « chef d’orchestre invisible ».

« Le médecin de l’équipe que je suis, sans faire ombrage à l’entraîneur et aux autres membres du staff, est le chef d’orchestre invisible. Il n’est pas là que pour soigner une entorse ou des plaies. Il est responsable de la performance et de la survie des joueurs. Il est extrêmement sollicité pour tout quasiment, soins, santé, repas, hydratation, bien-être, performance, etc. », explique-t-il.

Son travail commence bien avant que les Guépards ne foulent la pelouse. La première étape consiste à connaître précisément l’état de santé de chaque joueur susceptible d’être appelé en sélection.

Un travail médical qui commence avant même le rassemblement

Pour Dr Hazoumé, l’avant-compétition constitue une étape déterminante. Chaque joueur sélectionnable doit passer par une évaluation médicale complète, avec notamment un bilan cardiovasculaire, pulmonaire, sanguin et articulaire.

« C’est une phase très importante de mon activité. Sélection et bilan, PCMA obligatoire. Visite médicale complète de chaque sélectionnable, cœur, ECG, écho, poumons, sang, articulations. Dépistage des joueurs à risque, antécédents médicaux, asthme, mort subite familiale et chirurgicaux, opérations des ligaments, etc. Le médecin détermine l’aptitude à la sélection pour protéger le joueur », détaille-t-il.

Mais le travail ne s’arrête pas à l’examen médical. Le médecin doit également anticiper les différents risques auxquels les joueurs pourraient être exposés pendant une compétition.

Vaccinations obligatoires du pays hôte, constitution des dossiers médicaux, fiches d’allergies, groupes sanguins, préparation de la trousse médicale ou encore plan antidopage font partie des tâches effectuées en amont.

« On vérifie chaque médicament, complément, même un sirop pour toux. La liste WADA pour ne pas exposer à un cas de dopage », précise le médecin.

La préparation concerne également l’environnement dans lequel vont évoluer les joueurs. Dr Hazoumé explique ainsi qu’une attention particulière est portée à l’hôtel, à l’alimentation et à l’organisation des secours.

« On inspecte l’hôtel et on se met en relation avec le cuisinier de l’hôtel pour les menus, hygiène, nourriture. On organise aussi la chaîne d’urgence locale. Quel hôpital ? Quel chirurgien ? Où est le centre cardio le plus proche de l’hôtel, du stade ? »

Le médecin participe également aux réunions techniques avec les différents officiels et responsables médicaux. Il doit enfin prendre en compte les conditions climatiques, la chaleur, l’altitude ou encore le décalage horaire.

Au quotidien, surveiller le moindre détail

Une fois le rassemblement lancé, le travail médical se poursuit au quotidien. Le moindre changement dans l’état d’un joueur peut avoir son importance.

« Au quotidien, check matinal : sommeil, courbatures, température, poids, hydratation, couleur des urines. Gestion des petits bobos : ampoules, gastro, rhume, insomnie », explique Dr Hazoumé.

Cette surveillance permet notamment de déterminer si un joueur est en mesure de participer normalement aux entraînements.

Et dans certaines situations, le médecin doit savoir s’opposer à une décision sportive, même lorsque l’enjeu est important.

« Décision apte / inapte à l’entraînement. On doit savoir dire non au sélectionneur même si c’est un match crucial compte tenu de l’état de forme du joueur », affirme-t-il.

Une responsabilité qui prend une dimension encore plus importante lorsqu’un joueur arrive en sélection avec une blessure ou une gêne physique.

Entre le club et la sélection, un suivi qui commence avant l’arrivée du joueur

L’évaluation médicale d’un international ne débute pas nécessairement au moment où il franchit la porte du rassemblement. Dr Hazoumé explique que des échanges sont déjà effectués avec le médecin du club.

« Les premiers éléments à vérifier se font déjà avant son arrivée. Contact avec son médecin de club, avec lui-même et suivi de ses matchs pour avoir déjà une idée des blessures qu’il a pu contracter », indique-t-il.

Le staff médical échange également avec le sélectionneur au sujet des blessures actuelles ou anciennes des joueurs susceptibles d’être convoqués.

À leur arrivée, les internationaux font ensuite l’objet d’un bilan rapide. « À son arrivée, comme je le disais précédemment, on fait le bilan rapide, poids de forme, état actuel, examen rapide et doléances du joueur qui sont prises en compte », poursuit le médecin.

Ce travail permet d’avoir une vision précise de la situation avant de déterminer la conduite à tenir.

Faire jouer ou préserver, une décision médicale

La question devient particulièrement sensible lorsqu’un joueur important arrive diminué à quelques jours d’un match. Dans ces situations, la collaboration entre le club, la sélection et les différents spécialistes devient essentielle.

« En rapport avec son médecin de club déjà, on évalue l’opportunité ou non de le faire venir. Ensuite un protocole de soin est établi », explique Dr Hazoumé.

La sélection béninoise a déjà connu des situations de ce type. Certains joueurs sont arrivés blessés alors qu’ils représentaient des éléments importants pour l’équipe.

« Nous avons déjà eu des joueurs qui sont arrivés blessés et qui étaient très importants pour notre sélection et que nous avons rétablis avec l’aide de tous les spécialistes, kiné, ostéopathe, médicaments, pour pouvoir jouer », révèle-t-il.

Mais au moment de prendre la décision finale, le médecin rappelle que la priorité reste l'état de santé du joueur.

« Mais SEUL le Médecin au final décide s’il est apte ou inapte ! »

Une responsabilité qui prend une autre dimension lors des matchs.

Sur le banc, le médecin peut prendre une décision en quelques secondes

Pendant une rencontre, Dr Hazoumé reste aux côtés du groupe, prêt à intervenir à tout moment. Il accompagne également les joueurs dans les procédures liées au contrôle antidopage.

« Contrôle anti-dopage : j’accompagne le joueur tiré au sort », précise-t-il.

Le jour du match, sa présence sur le banc s’accompagne d’un matériel destiné à répondre aux situations d’urgence.

« Présent sur le banc avec DAE et trousse d’urgence vitale », explique-t-il.

Dans le cas d’une suspicion de commotion cérébrale, le rôle du médecin devient particulièrement déterminant.

« En cas de protocole commotion cérébrale FIFA par exemple, c’est moi qui décide si le joueur sort, pas l’entraîneur. Je suis bien évidemment le premier intervenant sur le terrain en plus du kiné », affirme Dr Hazoumé.

Les interventions peuvent également concerner les crampes, les blessures sur le terrain ou les éventuels remplacements en lien avec le reste du staff.

Mais le travail du médecin ne se limite pas aux blessures physiques. Il englobe aussi la dimension psychologique liée à la pression du haut niveau.

« On gère aussi le stress, l’anxiété, la pression médiatique », ajoute-t-il.

Sommeil, récupération et alimentation, des éléments non négociables

Dans le football de haut niveau, la performance ne dépend pas uniquement des séances d’entraînement ou des qualités techniques et tactiques. Pour Dr Hazoumé, la récupération, le sommeil, l’alimentation et le suivi médical constituent des éléments indispensables.

« La récupération après l’effort, le sommeil, l’alimentation et le suivi médical ne sont pas négociables pour un sportif », insiste-t-il.

Chez les Guépards, cette exigence se traduit notamment par une organisation précise du quotidien.

« En sélection Guépards par exemple, à 23 heures tout le monde est au lit ! Deux séances de soins sont prévues par jour après chaque entraînement pour tous les joueurs », détaille le médecin.

La récupération après les entraînements et les matchs occupe ainsi une place centrale.

« La récupération après les entraînements et les matchs est essentielle pour être performant. Bain de glace, massage, sauna, pour tous. »

L’hydratation constitue également un point particulièrement surveillé.

« L’alimentation et surtout l’hydratation avant, pendant et après les matchs sont un point essentiel, voire je dirais crucial si on veut être performant », souligne-t-il.

Après les matchs, le travail continue

Le coup de sifflet final ne marque donc pas la fin du travail du staff médical. Une nouvelle phase commence avec l’évaluation des éventuelles blessures et le suivi des joueurs.

« Après la compétition, on fait le bilan individuel des blessures, radio, IRM, suivi chirurgical si besoin. Débrief médical avec le coach, le kiné. »

Le médecin assure également la continuité du suivi lorsque les joueurs retournent dans leurs clubs.

« On fait aussi les recommandations et le suivi du retour en club. On transmet le dossier médical au médecin du club », explique-t-il.

Une manière d'assurer la continuité de la prise en charge entre la sélection nationale et les clubs.

Des situations médicales parfois préoccupantes, mais couvertes par le secret médical

Au fil des années, Dr Hazoumé a forcément été confronté à des situations médicales difficiles. Certaines ont même nécessité l’intervention de spécialistes de haut niveau.

Mais lorsqu’il est interrogé sur une situation particulièrement marquante que le public n’aurait jamais connue, le médecin reste tenu par le secret médical.

« Oui bien sûr, nous avons eu des cas très préoccupants où il a même fallu avoir recours aux hautes autorités médicales comme l’exige le protocole médical FIFA, mais pour des raisons de secret médical je ne suis pas autorisé à vous le révéler », confie-t-il.

Une réponse qui rappelle aussi une dimension essentielle de sa fonction : certaines interventions restent nécessairement invisibles du grand public.

« Le médecin est le seul du staff qui peut arrêter un match pour une vie »

Derrière cette mission se trouve donc une responsabilité considérable. Dr Hazoumé résume lui-même les différentes étapes de son travail en trois temps.

« Avant, le médecin prévoit et empêche les problèmes. Pendant les matchs, je prends des décisions vitales en 10 secondes sous 40 000 spectateurs parfois comme à la CAN. Et après, je soigne, je répare et prépare le prochain match au niveau sanitaire. »

Une fonction qui dépasse largement l’image du médecin intervenant uniquement lorsqu’un joueur se blesse.

« Le médecin est le seul du staff qui peut arrêter un match pour une vie. C’est pour ça que FIFA exige qu’il soit spécialiste en médecine du sport + urgentiste », conclut-il.

Loin des projecteurs, Dr Hazoumé accompagne donc les Guépards à chaque étape de leur parcours. Avant les matchs pour prévenir les risques, pendant les rencontres pour intervenir dans l’urgence et après les compétitions pour assurer le suivi et la continuité des soins. Un travail discret, mais dont les décisions peuvent parfois se jouer en quelques secondes.

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