Mise en vente de la Coupe du Monde : La CAF, de la prudence au silence complice
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Mise en vente de la Coupe du Monde : La CAF, de la prudence au silence complice

Par Evrard Fulgérale Djissou

La CAF annonce avoir reçu la correspondance de la FIFA sur le projet « FIFA Forward Enterprise ». Patrice Motsepe réunira le Comité exécutif la semaine prochaine pour « examiner et évaluer » la proposition. Les associations membres sont invitées à l’étudier et à participer à la consultation. L’objectif affiché : « renforcer les ressources financières » au service du développement du football, en Afrique comme dans le monde. Sur le papier, c’est du grand classique institutionnel. Procédural. Irreprochable. Ce que le communiqué ne dit pas : l’essentiel. 

Première omission : le fond du projet. Nulle part le communiqué ne mentionne qu’il s’agit de céder des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Nulle part il n’est question de monétisation, de privatisation partielle, ni des noms de Joshua Kushner ou de l’entourage Trump. La CAF utilise le nom de code officiel, « FIFA Forward Enterprise » comme si le sujet était une simple réforme administrative.

Deuxième omission : la polémique. Le communiqué fait comme si le football mondial n’était pas en ébullition. Aucune référence aux critiques des supporters, à la menace de Super Ligue, ni aux positions de fédérations comme la Norvège. Silence total sur le risque d’américanisation du jeu.

Troisième omission : une position. La CAF ne dit pas non. Elle ne dit pas oui non plus. Mais dans le langage diplomatique des institutions sportives, « examiner et évaluer » signifie surtout : nous sommes ouverts à la discussion. Ce n’est pas un rejet. C’est une porte entrebâillée.

La posture de Motsepe : l’homme d’affaires avant le défenseur du football

Patrice Motsepe n’est pas un président de fédération comme les autres. C’est un milliardaire sud-africain, héritier d’un empire minier, habitué aux deals et aux joint-ventures avec des fonds d’investissement. Son profil économique le rend naturellement réceptif à un discours financier. Quand Infantino parle de « renforcer les ressources », Motsepe entend : opportunité d’affaires.

Le fait qu’il réunisse le Comité exécutif « la semaine prochaine » montre une diligence inhabituelle. La CAF n’a pas attendu que la poussière retombe. Elle s’active. La question est de savoir si cette activation vise à bloquer le projet ou à négocier sa part du gâteau.

L’appel aux associations membres : la consultation comme alibi

La CAF « invite » ses 54 associations membres à étudier le projet. C’est la technique classique de la dilution de responsabilité. En renvoyant la décision à une consultation large, la CAF se décharge du choix politique. Si le projet est accepté, chaque fédération aura été « consultée ». Si les supporters protestent, la CAF pourra répondre : nous avons suivi la procédure démocratique.

Mais consultées sur quoi exactement ? Le communiqué ne précise pas le contenu du document FIFA transmis. Les fédérations africaines disposent-elles des mêmes informations que le Times sur les investisseurs privés et les 60 millions de dollars annuels d’Infantino ? Rien n’est moins sûr.

L’objectif financier : le piège de la dépendance

Le communiqué réaffirme la volonté de « renforcer les ressources financières » pour le développement du football africain. C’est l’argument massue d’Infantino depuis 2016. Il avait déjà acheté le silence des fédérations avec 5 millions de dollars chacune. Aujourd’hui, le même mécanisme est à l’œuvre : on présente la privatisation comme la seule voie pour financer le football des nations pauvres.

Mais cette logique est un piège. Si la CAF accepte que la Coupe du monde devienne un produit financier, elle accepte aussi que les décisions sportives soient subordonnées aux impératifs de rentabilité. Et l’Afrique, dans ce nouveau monde, ne sera qu’un marché consommateur — pas un acteur décisionnaire.

Bref… Un communiqué qui sonne comme un acquiescement différé.

Le communiqué de la CAF n’est pas une opposition. C’est une feuille de route vers l’acceptation. Il utilise le vocabulaire du dialogue et du développement pour masquer une réalité simple : la confédération africaine ne compte pas tenir tête à Infantino si on sent tient à ce communiqué. Elle compte négocier sa part. Si la CAF voulait vraiment protéger le football africain, elle aurait dit autre chose. Elle aurait évoqué la préservation de l’intégrité sportive. Elle aurait rappelé que la Coupe du monde est un bien commun. Elle aurait au minimum posé des conditions non négociables. Au lieu de cela, elle parle de « consultation » et de « ressources financières ». C’est le langage de ceux qui ont déjà décidé de vendre, mais qui veulent d’abord fixer le prix.

Le football africain mérite mieux qu’une simple invitation à étudier son propre bradage.

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