Mise en vente de la coupe du monde : Infantino range le projet, et l’Afrique reste spectatrice
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Mise en vente de la coupe du monde : Infantino range le projet, et l’Afrique reste spectatrice

Gianni Infantino vient d’abandonner le projet FIFA Forward Enterprise. La FIFA recule. Et la CAF, surtout, échappe à un débat qu’elle n’avait visiblement aucune envie de tenir. C’est cela, le vrai scandale de cette séquence : non pas que le football mondial ait été menacé de privatisation, mais que le continent africain, représentant 54 voix sur 211 à la FIFA, ait attendu, immobile, qu’on lui épargne le choix.

Le symbole d’une dérive : C’est comme cela il faut désigner FIFA Forward Enterprise. Il n’était pas une simple réforme administrative. C’était le nom de code d’une transformation radicale : ouvrir la Coupe du monde, la Coupe du monde féminine et la Coupe du monde des clubs à des mécanismes d’investissement privé. Des fonds, des fondations, des personnalités proches de l’administration Trump, Joshua Kushner en tête, s’apprêtaient à acheter des parts du patrimoine sportif mondial. Le projet était clair : transformer un bien commun en produit financier. Il a provoqué des divisions. Des fédérations tout comme des confédérations ont protesté sauf la CAF qui est restée muette. Les supporters ont rappelé leur mobilisation victorieuse contre la Super Ligue. Et Infantino, qui avait promis cinq millions de dollars à chaque association membre en 2016 pour se faire élire, s’est retrouvé face à un mur. Il a préféré reculer plutôt que de risquer un affrontement ouvert.

Sa déclaration sonne comme un aveu déguisé : « Après avoir attentivement entendu tous les points de vue, il apparaît clairement que ce projet a engendré des divisions qui, quel que soit le niveau de soutien, ne servent plus l’objectif initial. Par conséquent, cette proposition est abandonnée. » Traduction : le projet ne tenait pas. Pas parce que la FIFA a retrouvé la morale, mais parce que les résistances étaient trop nombreuses. Infantino range son fusil. Pour l’instant.

Le recul d’un tacticien

Il faut voir clair dans cette retraite. Infantino n’abandonne pas une ambition. Il reporte un combat. Le président de la FIFA a compris que le moment était mal choisi. Trop de lumière, trop de critiques, trop de fédérations réticentes. Il préfère présenter cette retraite comme un geste d’écoute, de coopération, d’unité. C’est sa méthode : provoquer, tester, reculer si nécessaire, puis revenir par une autre porte. Mais ce recul révèle aussi les limites de sa stratégie financière. Infantino avait bâti son mandat sur la promesse de redistribution : plus d’argent pour les fédérations, plus de ressources pour le développement. FIFA Forward Enterprise devait être le couronnement de cette politique. Il s’est heurté à une réalité que le football africain devrait méditer : l’argent ne justifie pas tout. Et surtout pas le bradage de l’âme du jeu.

La CAF, spectateur de son propre destin

Et c’est ici que la chronique devient cinglante. Parce que pendant que le football mondial tremblait, la CAF a fait ce qu’elle sait faire de mieux : attendre.
Le communiqué de la confédération africaine, publié le 29 juillet, est un modèle du genre. La CAF annonce avoir reçu la correspondance de la FIFA. Elle informe que Patrice Motsepe réunira le Comité exécutif « afin d’examiner et d’évaluer » la proposition. Elle invite ses associations membres à étudier le dossier. Elle réaffirme sa volonté de dialogue.

Cette posture interroge. Ce n’est pas une position. C’est une feuille de route vers l’absence de position ou un alignement. La CAF ne dit pas non. Elle ne dit pas oui. Elle dit : nous allons regarder. Sur un sujet qui concernait la privatisation de la Coupe du monde, la présence d’investisseurs proches de Donald Trump, la menace d’américanisation du football mondial, la confédération africaine a choisi la prudence institutionnelle. La langue de bois. La consultation sans fin. Infantino n’a pas eu besoin de son avis avant de rebrousser chemin. D’ailleurs, elle n’a plus besoin de se réunir à propos.

Cette séquence révèle une vérité gênante : la CAF n’est pas une force de proposition dans la gouvernance mondiale bien qu’elle dispose d’une grosse voix. Elle est une force d’accompagnement. Elle attend que les décisions soient prises ailleurs, puis elle s’ajuste. Elle ne porte pas de vision. Elle gère des procédures.

Patrice Motsepe est un homme d’affaires. Milliardaire, héritier d’un empire minier, habitué aux joint-ventures avec des fonds d’investissement. Son profil économique le rend naturellement réceptif au discours financier d’Infantino. Quand la FIFA parle de « renforcer les ressources », Motsepe entend : opportunité ? Cette affinité explique peut-être pourquoi la CAF n’a pas haussé le ton. Pourquoi elle n’a pas rappelé que la Coupe du monde est un bien commun. Pourquoi elle n’a pas posé de conditions non négociables.

L’absence de position laisse apparaître une confédération qui privilégie ses intérêts transactionnels sur la défense de l’identité du football africain. Et c’est là le cœur du problème. L’Afrique mérite mieux qu’un rôle de spectateur. Le besoin légitime de financement du football africain ne justifie pas toutes les transformations économiques du football mondial. C’est l’équation que la CAF refuse de résoudre. Parce qu’elle a peur de dire non à l’argent. Parce qu’elle a peur de se retrouver isolée. Parce qu’elle a peur, tout simplement.
Mais l’Afrique n’est pas condamnée à attendre les solutions financières proposées par les grandes institutions. Elle a 54 fédérations, un poids électoral considérable à la FIFA, une histoire footballistique riche, des talents qui font rêver le monde entier. Elle a tout pour être un acteur stratégique. Au lieu de cela, elle se contente d’être un bénéficiaire. Un client. Un spectateur qui applaudit quand on lui jette des miettes.

La question n’est pas seulement d’obtenir plus d’argent. C’est de savoir qui contrôle l’avenir du football. Si la CAF accepte que la Coupe du monde devienne un produit financier, elle accepte aussi que les décisions sportives soient subordonnées aux impératifs de rentabilité. Et dans ce nouveau monde, l’Afrique ne sera qu’un marché consommateur. Pas un acteur décisionnaire.

Infantino a retiré son projet avant même que le Comité exécutif de la CAF ne se réunisse. La confédération africaine n’a donc pas eu à se prononcer. Elle a été épargnée. Mais cette épargne est une défaite. Parce qu’elle prouve que la CAF n’était pas prête à tenir tête. Qu’elle attendait, les mains dans le dos, qu’on lui dise quoi penser.

La question qui reste

L’Afrique veut-elle simplement recevoir les décisions du football mondial, ou veut-elle enfin participer à leur écriture ? C’est la question historique que pose cette séquence. Et la réponse, pour l’instant, est cruelle : l’Afrique attend. Elle attend l’argent, elle attend les décisions, elle attend qu’on lui épargne les choix difficiles. Mais le football ne se construit pas dans l’attente. Il se construit dans la prise de position. Dans le courage de dire non quand il le faut. Dans la capacité à imposer une vision, pas seulement à réagir à celle des autres.

Gianni Infantino range son projet aujourd’hui. Il le ressortira demain, sous un autre nom, par une autre porte. Et quand ce jour viendra, la CAF devra choisir. Vraiment choisir. Entre l’argent facile et l’âme du jeu. Entre la prudence et la vision. Entre le rôle de spectateur et celui d’acteur. Le football africain mérite une confédération qui sache dire non. Pas une qui sache seulement dire : nous allons examiner.

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