
Le Bénin a écrit une nouvelle page de son histoire dans le football féminin avec sa première participation au Mondial féminin U20 2026. Une expérience forcément particulière pour les joueuses et le staff béninois, confrontés à un niveau d’exigence particulièrement élevé. Après cette aventure, Germaine Honfo et Abdoulaye Ouzérou reviennent sur les souvenirs laissés par la compétition et les enseignements tirés de cette première expérience mondiale.
Germaine Honfo — « La première participation, c’est déjà un souvenir »
Interrogée sur ce qu’elle retient de cette Coupe du Monde, Germaine Honfo évoque d’abord la portée historique de cette participation, avant de revenir sur le niveau de la compétition et le soutien reçu du peuple béninois. « Le souvenir de ce Mondial, je dirais, d’abord, la participation. La première participation, c’est déjà un souvenir. Et puis, le niveau d’exigence, parce que c’est trop élevé. On a quand même à faire des choses, malgré les défaites. Et puis, mon souvenir aussi, je dirais, le soutien du peuple béninois, malgré les défaites qu’ils ne nous ont pas laissées. Et puis, on a fait ce qu’on peut. Malheureusement, ça s’est terminé là. Et puis, on est revenu. »
Pour la joueuse béninoise, cette première expérience mondiale restera donc marquée à la fois par la découverte du très haut niveau et par l’accompagnement du public béninois.
Abdoulaye Ouzérou — « Le niveau est vraiment très, très élevé »
Le sélectionneur Abdoulaye Ouzérou partage le constat de sa joueuse sur le niveau rencontré durant la compétition. Mais il insiste également sur le chemin parcouru par cette génération pour parvenir jusqu’à cette Coupe du Monde.
« C’est vrai, c’est pas mal déjà de sortir parmi les 54 pays africains, quatrième et de se qualifier pour la Coupe du Monde.
Mais on a eu quand même un niveau très, très élevé. C’est vrai, je m’y attendais. Je connais quand même ce football depuis quelques années parce qu’on a joué contre des professionnels.
Pendant ce temps, j’ai encore certaines filles qui sont au collège, en troisième. Donc, quand vous êtes en troisième, vous vous entraînez deux fois par semaine et que vous jouez contre des filles qui ont sept séances la semaine et un match à haute intensité, surtout tous les week-ends, c’est compliqué.
Mais je pense sincèrement qu’on a une carte à jouer parce qu’on a fait quand même de belles choses sur le continent et qu’aujourd’hui, on se positionne très, très bien.
Il va falloir juste renouveler ce genre de participation. Quand je prends le Mexique contre qui on a joué et qu’on a fait deux buts partout, ça fait leur onzième participation consécutive. Ça veut dire 22 ans de haut niveau.
22 ans, c’est pas rien. Nous, il y a cinq ans, je l’ai dit, l’équipe n’existait pas. Je l’ai menée il y a cinq ans au Niger pour son premier match officiel.
Donc, quand cinq ans arrivent à une Coupe du Monde, je le répète, peut-être que parfois certains ne mesurent pas la grandeur de la chose. C’est extraordinaire parce qu’il y a encore trois ans, on n’arrivait pas à aligner deux passes.
Il y a trois ans. Aujourd’hui, on est à une Coupe du Monde. On fait rêver les gens.
Moi, j’ai juste envie de remercier ces filles-là parce qu’elles ont beaucoup progressé. Il nous reste beaucoup.
Le niveau est vraiment très, très élevé, tactiquement, techniquement et même physiquement. On était en difficulté.
Pourtant, les stéréotypes voudraient que les Africains soient toujours automatiquement plus forts physiquement. Dès qu’on voit un Africain qui soit beaucoup plus fort qu’un Blanc, c’est un stéréotype qui a été bafoué parce que même physiquement, les plus coriaces comme Germaine ou Romaine ont eu des difficultés parce qu’elles n’ont jamais connu le travail en salle de muscu, ce qui est une exigence au niveau du football féminin à l’international avec trois séances de musculation par semaine.
Donc, on voit un peu là où on s’est situé. Et je pense qu’on va y arriver parce qu’on travaille très dur. »
Le technicien béninois met ainsi en avant l’écart entre le rythme de préparation de ses joueuses et celui des sélections déjà installées au plus haut niveau. Pour lui, la participation au Mondial doit surtout servir de point de départ pour continuer à travailler et renouveler ce type d’expérience.
Cette aventure a également permis au sélectionneur de grandir lui-même dans son métier.
« Forcément.
Humainement, déjà, j’ai grandi parce que j’ai passé quand même sept semaines à peu près avec ces filles. J’ai vécu des choses exceptionnelles. Une vraie vie de famille.
Et après ça, techniquement, oui, parce que quand vous vous confrontez à ce genre d’équipe, en fait, et que vous voyez autour de vous le comportement des staffs adverses, du sélectionneur adverse et que vous voyez le niveau d’exigence sur le terrain, forcément, vous vous en prenez de la graine.
On va continuer à travailler. Moi, je suis du genre à toujours vouloir travailler, à partir vers les autres, essayer de savoir comment ça se fait.
Parce que quoi qu’on me dise, je suis un jeune coach. Je suis très, très jeune dans le métier.
Donc, voilà, j’ai commencé un peu, je dirais, avec beaucoup de succès. Parce qu’automatiquement, les résultats sont arrivés.
Donc, c’est souvent difficile après, parce que quoi qu’il arrive, vous tomberez. Et voilà, ça fait partie du métier et je m’attends à cela.
Et aujourd’hui, voilà, j’aspire à aller encore faire des stages, beaucoup de stages en immersion en Europe et aussi finir ma formation au niveau de la licence CAF A dans les plus brefs délais. »
Cette première participation au Mondial féminin U20 2026 aura donc permis aux Béninoises de mesurer le niveau mondial, mais aussi de constater les progrès réalisés en quelques années. Pour Germaine Honfo et Abdoulaye Ouzérou, l’aventure ne doit toutefois pas s’arrêter à cette première expérience.
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